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Les 3 causes de récidive après une opération des mâchoires

Les 3 causes de récidive après une opération des mâchoires

Parce que de nombreux patients se posent la question de savoir s’il y a un risque d’avoir une récidive (de la dysharmonie dento-maxillo-faciale) après une chirurgie des mâchoires, nous avons demandé au Dr. Eric Solyom (chirurgien maxillo-facial) et au Dr. Jean-Luc Pruvost (orthodontiste) de nous éclaircir. Voici leur réponse :

 Dr. Eric Solyom   Dr. Jean-Luc Pruvost

Les paramètres qui influent sur une possible récidive sont les suivants :

  • Une mauvaise préparation orthodontique avant la chirurgie ou une mauvaise prévisualisation des finitions orthodontiques après la chirurgie
  • Une mauvaise technique chirurgicale
  • Un mauvais positionnement de la langue en post-chirurgical ou plus généralement une mauvaise anticipation des troubles fonctionnels musculaires (couple langue-lèvre)

Ces paramètres sont intriqués aussi bien d’un point de vue fonctionnel qu’anatomique.

 

Les récidives liées à la préparation orthodontique 

Les structures osseuses de la face sont des structures qui comprennent un tissu basal sur lequel le chirurgien va agir, c’est le squelette, et une structure dentaire sur laquelle l’orthodontiste va agir : c’est l’organe dento-alvéolaire.

Le paramètre le plus important pour éviter une récidive tient au fait qu’il peut ne pas y avoir en per ou en post-opératoire immédiat une stabilité occlusale qui n’a pas été pré-visualisée en amont. Il est donc important dans une chirurgie classique, c’est-à-dire réalisée après le traitement orthodontique, de faire en sorte qu’il y ait un calage occlusal stable.

Lorsque l’orthodontiste travaille avec le chirurgien sur des protocoles de chirurgie First (c’est-à-dire une chirurgie bien avant la fin des finitions orthodontiques), il est important que l’orthodontiste puisse déterminer une stabilité occlusale post-opératoire rapide généralement par l’intermédiaire d’une gouttière occlusale.

En effet lorsque l’occlusion n’est pas stabilisée juste après l’intervention chirurgicale, lors de la fermeture de bouche il peut y avoir un porte-à-faux qui s’installe et non seulement cela peut conduire à une mauvaise consolidation des structures osseuses mais également à un mauvais engrainement dentaire qui peut provoquer une récidive.

Les structures dentoalvéolaires cherchent le contact et si celui-ci n’est pas physiologique, harmonieux sur l’ensemble de la denture c’est le point de départ d’une éventuelle récidive.

De notre point de vue, l’harmonie dans le travail et la coopération entre l’orthodontiste et le chirurgien afin d’obtenir une stabilité occlusale permet d’éviter dans l’immense majorité des cas une récidive.

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Les récidives liées à l’acte chirurgical lui-même

Les structures osseuses dont nous avons parlé précédemment sont sous-tendues par des muscles. Le muscle modèle la structure osseuse.

Il est important lors de l’acte chirurgical d’envisager un décollement musculaire important au niveau du squelette qui va être déplacé, ce qui permettra au muscle dans un deuxième temps de se positionner dans un environnement placé dans une bonne position. Si le chirurgien ne réalise pas un décollement important de ces structures musculaires le risque de récidive post-opératoire immédiat est important car les muscles vont se rétracter dans le sens de la dysharmonie initiale.

Il est important également lorsque nous avons une dysharmonie dento-maxillo-faciale, d’envisager en per-opératoire une petite surcompensation là aussi pour prévoir une très discrète récidive post-opératoire immédiate dès la mise en fonction musculaire.

 

La récidive liée au rôle de la langue et des fonctions musculaires et ventilatoires

Nous avons une déglutition fréquente au cours de la journée et la nuit et il faut considérer que la langue joue un rôle primordial sur les structures dento-alvéolaires. Si la langue lors d’une déglutition primaire vient buter contre l’arcade dentaire du bas elle peut provoquer une récidive de classe III dento-squelettique, et certaines déglutitions par succion peuvent provoquer une récidive de classe II. Il est important d’une part lors de la déglutition que la langue soit placée au niveau du palais et en arrière, et en même temps qu’au repos elle n’imprime pas de relâchement trop important ni ne prenne trop de place.

Le rôle de la langue dans les récidives est un rôle bien sûr à travailler avec le kinésithérapeute mais dans le même temps il faut considérer le rapport entre le contenant et le contenu. Si le chirurgien n’a pas évalué en amont la place de la langue au sein de la cavité buccale, malgré une kinésithérapie parfaitement adaptée le risque de récidive restera important.

Nous avons pour habitude de toujours intégrer l’acte orthodontico-chirurgical en fonction du volume de la langue et des voies aériennes afin que nous retrouvions non seulement un visage harmonieux mais également une fonction linguale et respiratoire qui évitera toute récidive. Bien évidemment cela se fait avec l’aide d’un kinésithérapeute mais la chirurgie a été réalisée en prenant en compte l’ensemble de ces paramètres.

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En conclusion, lorsque l’intervention chirurgicale a été parfaitement préparée avec l’orthodontiste, qu’il s’agisse d’une chirurgie First ou d’une chirurgie secondaire, si les éléments suivants sont respectés le risque de récidive sera considéré comme parfaitement contrôlé :

- Lorsque la préparation de l’orthodontiste permet un calage occlusal en post opératoire immédiat spontané ou par l’intermédiaire d’une gouttière (en particulier en cas d’une chirurgie première).

- Lorsque le chirurgien a intégré le rapport entre le contenu et le contenant, c’est-à-dire le rapport entre la langue et la boite à langue, de telle sorte que le patient puisse retrouver en per-opératoire des conditions anatomiques idéales pour une rééducation à l’aide de séances de kinésithérapie.

- Lorsque le chirurgien en per-opératoire a réalisé un décollement important des tissus musculaires et une intervention avec un décalage des bases squelettiques de telle sorte que l’on puisse compenser les forces musculaires,

- Et lorsque la rééducation est réalisée rapidement en post opératoire sans blocage stricte des mâchoires

On pourra considérer la récidive comme étant exceptionnelle.

Il faut souligner que certaines pathologies provoquent plus facilement des récidives d’une part parce qu’elles provoquent des instabilités occlusales plus importantes, d’autre part parce que le rôle de langue y est beaucoup plus important. Il s’agit principalement des classes II hyperdivergentes.

On peut considérer que le risque de récidive est quasi nul si 2 ans après la chirurgie le résultat est resté stable.

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