Plaques et vis en titane après une chirurgie des mâchoires : faut-il les retirer ?
Après une chirurgie orthognathique, les segments osseux déplacés sont généralement maintenus par de petites plaques et des vis, le plus souvent en titane. Ce matériel permet de stabiliser les mâchoires pendant la consolidation.
De nombreux patients se demandent ensuite s'il doit être retiré, s'il peut provoquer une infection, être ressenti sous la peau ou poser un problème lors d'une IRM.
Dans la majorité des pratiques actuelles, les plaques et les vis en titane ne sont pas retirées systématiquement lorsqu'elles sont bien tolérées. Un retrait peut néanmoins être proposé en cas d'infection, d'exposition, de douleur, de gêne ou dans certaines situations particulières.
La décision dépend de l'emplacement du matériel, de la consolidation osseuse, des symptômes et des habitudes de l'équipe chirurgicale. Les recommandations de votre chirurgien priment toujours sur les informations générales de cette page.
À quoi servent les plaques et les vis après l'opération ?
Lors d'une ostéotomie, le chirurgien coupe puis repositionne un ou plusieurs segments osseux. Les plaques et les vis maintiennent ces segments dans la position planifiée pendant que l'os consolide.
Elles sont notamment utilisées après :
- une ostéotomie du maxillaire de type Le Fort I ;
- une ostéotomie sagittale de la mandibule ;
- une chirurgie bimaxillaire ;
- une génioplastie ;
- certaines ostéotomies segmentaires.
Leur rôle principal est mécanique pendant la phase de consolidation. Une fois l'os consolidé, le matériel n'est plus indispensable de la même manière, mais il peut rester en place s'il ne provoque aucun problème.
En quel matériau sont-elles fabriquées ?
Le matériel d'ostéosynthèse utilisé en chirurgie orthognathique est souvent fabriqué en titane ou dans un alliage de titane. Ce matériau est choisi pour sa résistance, son faible poids et sa bonne tolérance biologique.
Il existe également des systèmes résorbables, mais leur utilisation dépend de l'intervention, de l'équipe et des contraintes mécaniques attendues.
La présence de titane ne signifie pas qu'aucune réaction n'est possible. Les symptômes attribués au matériel sont toutefois plus souvent liés à une infection, une exposition, une palpabilité ou une irritation locale qu'à une véritable allergie au titane.
Faut-il retirer les plaques et les vis systématiquement ?
Non. Les données disponibles ne justifient pas un retrait obligatoire chez tous les patients asymptomatiques.
Une revue systématique et méta-analyse portant sur 19 études (Gómez-Barrachina et al., 2020) a estimé que :
- 13,4 % des patients (intervalle de confiance à 95 % : 9,6–18,3 %) avaient dû faire retirer au moins une plaque ;
- 9,7 % des plaques posées (IC 95 % : 6,3–14,6 %) avaient été retirées — un chiffre distinct qu'il ne faut pas confondre avec le précédent : le premier compte des patients, le second compte des plaques.
Cela signifie aussi que la grande majorité des patients n'avaient pas nécessité de retrait dans les études analysées. Cette méta-analyse regroupe des études réalisées dans des contextes différents (techniques chirurgicales, protocoles de suivi, populations), ce qui explique une hétérogénéité importante entre leurs résultats. Ce chiffre donne un ordre de grandeur global : un pourcentage moyen ne permet pas de prédire le risque individuel d'un patient donné.
Les pratiques varient toutefois selon les pays et les équipes. Certains chirurgiens retirent plus volontiers le matériel chez les patients jeunes ou dans des zones particulières. D'autres ne le proposent qu'en présence d'un symptôme ou d'une complication.
Le retrait préventif d'un matériel parfaitement toléré doit donc être discuté au cas par cas, en tenant compte des bénéfices attendus et des risques d'une nouvelle intervention.
Pourquoi une plaque peut-elle devoir être retirée ?
Les principales raisons rapportées dans la littérature sont :
- une infection ;
- une plaque exposée dans la bouche ;
- une sensibilité au froid ;
- une plaque ou une vis palpable ;
- une douleur ou une sensibilité locale ;
- une irritation des tissus voisins ;
- plus rarement, une mobilité ou une rupture du matériel.
Dans la méta-analyse de 2020, l'infection était la cause la plus fréquente de retrait, suivie de l'exposition, de la sensibilité thermique, de la palpabilité et de la douleur.
Une infection impose-t-elle toujours un retrait ?
Non. Une infection ne conduit pas automatiquement au retrait immédiat du matériel. Selon la situation, le traitement peut comprendre des soins locaux, des antibiotiques ou un drainage. Le retrait est plus probable si l'infection persiste, si le matériel est exposé ou mobile, ou si l'os est suffisamment consolidé pour permettre son ablation.
Quels sont les signes d'une infection autour d'une plaque ?
Une infection peut apparaître dans les premières semaines, mais aussi plus tardivement.
Les signes possibles comprennent :
- une douleur qui augmente après une période d'amélioration ;
- un gonflement localisé qui réapparaît ;
- une zone rouge, chaude ou dure ;
- du pus ou un liquide malodorant ;
- un mauvais goût persistant ;
- une ouverture de la cicatrice ;
- une plaque ou une vis visible dans la bouche ;
- de la fièvre ou une dégradation de l'état général.
Si une infection ou une cicatrisation intra-buccale vous préoccupe plus largement, consultez aussi notre page sur les fils, plaies et cicatrisation dans la bouche.
Une plaque visible dans la bouche est-elle normale ?
Non. Une plaque ou une vis ne doit pas être visible à travers la muqueuse.
Une exposition peut être favorisée par une cicatrice qui s'ouvre, une infection, une muqueuse très fine, un frottement répété, une position superficielle du matériel ou, plus rarement, une mobilité.
Elle doit être montrée au chirurgien, même si elle n'est pas très douloureuse. Une plaque exposée est en contact avec les bactéries de la bouche et nécessite une évaluation.
Est-il normal de sentir une plaque ou une vis sous la peau ?
Le matériel peut parfois être palpable, notamment chez les personnes minces ou dans les zones où les tissus sont peu épais, comme le rebord inférieur de la mandibule ou le menton.
Le simple fait de sentir une petite irrégularité ne signifie pas nécessairement qu'il existe une complication : une plaque palpable n'est pas forcément anormale.
Un avis est toutefois utile si la zone devient douloureuse, de plus en plus saillante, rouge, gonflée, mobile ou gênante au quotidien.
Les plaques peuvent-elles faire mal lorsqu'il fait froid ?
Certains patients décrivent une sensibilité locale au froid. Dans la méta-analyse de 2020, la sensibilité thermique faisait partie des causes rapportées de retrait, mais elle restait beaucoup moins fréquente que le maintien du matériel sans symptôme.
La sensation peut aussi être liée aux tissus cicatriciels, aux nerfs ou à une diminution persistante de la sensibilité, et pas uniquement au métal lui-même.
Une gêne occasionnelle et supportable ne conduit pas forcément à une intervention. Une douleur répétée ou importante mérite en revanche d'être évaluée.
Une plaque peut-elle se déplacer ou se casser ?
Une mobilité ou une rupture du matériel est possible, mais elle est inhabituelle.
Elle peut être favorisée par une contrainte mécanique excessive, une reprise trop précoce de la mastication, une consolidation insuffisante, une infection ou un traumatisme.
Les symptômes possibles sont une douleur nouvelle, une sensation de mobilité, un changement d'occlusion, un gonflement ou un bruit inhabituel.
Un contrôle clinique et radiographique est alors nécessaire. Il est impossible de confirmer une plaque cassée ou déplacée uniquement à partir des sensations du patient.
Peut-on être allergique au titane ?
Les réactions d'hypersensibilité au titane sont considérées comme rares et leur diagnostic est difficile.
Des symptômes comme une douleur, une rougeur ou un gonflement sont beaucoup plus souvent liés à une infection, une irritation mécanique ou une cicatrisation locale qu'à une allergie.
En cas de suspicion, l'évaluation doit être conduite par le chirurgien, éventuellement avec l'aide d'un allergologue ou d'un dermatologue. Un retrait ne doit pas être décidé sur la seule base d'un autotest ou d'informations trouvées en ligne.
Peut-on passer une IRM avec des plaques et des vis en titane ?
La présence de matériel d'ostéosynthèse en titane n'interdit généralement pas une IRM, mais vous devez toujours signaler vos plaques et vis au service d'imagerie avant l'examen.
Le matériel peut créer des artefacts, c'est-à-dire dégrader localement la qualité de l'image, surtout lorsque la zone examinée se trouve à proximité des plaques.
Avant l'examen, indiquez le type de chirurgie subie, la date de l'intervention, l'emplacement du matériel et tout document disponible. La compatibilité finale doit être validée par le service d'IRM selon le matériel exact et les conditions de l'examen.
Les plaques déclenchent-elles les portiques de sécurité ?
Les petites plaques maxillo-faciales déclenchent rarement les portiques de sécurité, mais cela ne peut pas être garanti dans toutes les situations.
Il n'est généralement pas nécessaire de demander un certificat uniquement pour voyager. Conserver le compte rendu opératoire peut néanmoins être utile en cas de question médicale ou administrative.
Quand peut-on retirer les plaques ? Le retrait est-il obligatoire après quelques années ?
Non, il n'existe pas d'obligation de retrait après un délai fixe. Le retrait ne doit généralement pas être réalisé avant que l'os soit suffisamment consolidé, sauf situation urgente imposant une prise en charge plus précoce.
Le délai dépend de la zone opérée, de la consolidation, du motif du retrait, de la présence d'une infection, des habitudes du chirurgien et de l'état général du patient. Une étude rétrospective menée sur 97 patients opérés en chirurgie orthognathique (Mohamad et al., 2022) a rapporté un délai moyen de 22,33 mois entre la pose et le retrait chez les patients concernés — une donnée cohérente avec l'absence de date unique adaptée à tous les patients, mais qui reste issue d'un seul centre et ne doit pas être lue comme une échéance à anticiper systématiquement.
Comment se déroule le retrait des plaques et des vis ?
Le retrait est une nouvelle intervention chirurgicale. Il est souvent réalisé par les cicatrices situées à l'intérieur de la bouche, ce qui évite généralement une nouvelle cicatrice visible.
Selon le nombre et l'emplacement des plaques, il peut être effectué sous anesthésie locale, sous sédation ou sous anesthésie générale.
Le chirurgien ouvre la muqueuse, dégage le matériel, retire les vis puis la plaque, nettoie la zone et referme la cicatrice.
Le retrait est-il aussi lourd que la chirurgie orthognathique ?
En règle générale, le retrait isolé du matériel est moins lourd que l'ostéotomie initiale, car les mâchoires ne sont pas repositionnées.
Il peut néanmoins entraîner un gonflement, des douleurs, des difficultés temporaires pour manger, une fatigue liée à l'anesthésie et un risque d'infection ou de saignement. Pour une vue d'ensemble des risques et complications possibles de la chirurgie orthognathique, consultez notre page dédiée : Quels sont les risques d'une chirurgie orthognathique ?
Peut-on retirer seulement une plaque ?
Oui. Lorsque le problème est localisé, il est parfois possible de retirer uniquement la plaque concernée et de laisser les autres en place.
La décision dépend de la consolidation, de la proximité des autres plaques et du contexte infectieux.
Le tabac augmente-t-il le risque de retrait ?
Certaines études ont retrouvé une association entre tabagisme et retrait de matériel, notamment la méta-analyse de Gómez-Barrachina et al. (2020), qui rapportait un risque plus élevé chez les personnes qui fumaient. Une cohorte britannique plus récente (Shammout et al., 2026, 417 patients sur 10 ans) n'a en revanche pas retrouvé cette association sur sa propre population.
Le tabac reste néanmoins défavorable à la cicatrisation de façon générale ; sa relation précise avec le retrait des plaques varie selon les études et n'est pas établie de façon uniforme.
Quels symptômes doivent faire consulter rapidement ?
Contactez l'équipe chirurgicale en cas de :
- gonflement localisé qui apparaît ou s'aggrave ;
- douleur croissante ;
- fièvre ;
- pus ou écoulement malodorant ;
- plaque ou vis visible ;
- plaie qui s'ouvre ;
- changement brutal de l'occlusion ;
- sensation de mobilité ;
- douleur importante après un choc ;
- dégradation de l'état général.
Appelez le 15 ou le 112 en cas de difficulté respiratoire, de gonflement rapide de la bouche ou du cou, de malaise sévère ou de saignement abondant.
Questions fréquentes
Est-ce que les plaques restent à vie ?
Elles peuvent rester en place durablement lorsqu'elles sont bien tolérées.
Est-il dangereux de garder ses plaques ?
Le maintien d'un matériel asymptomatique est courant. La surveillance repose surtout sur les symptômes et les contrôles indiqués par le chirurgien.
Une plaque palpable est-elle forcément anormale ?
Non. Il est courant de sentir une petite irrégularité, surtout chez les personnes minces. Un avis est utile seulement si la zone devient douloureuse, de plus en plus saillante, rouge, gonflée ou gênante au quotidien.
Une infection impose-t-elle toujours le retrait de la plaque ?
Non. Une infection peut d'abord être traitée par des soins locaux, des antibiotiques ou un drainage. Le retrait devient plus probable si l'infection persiste, si le matériel est exposé ou mobile, ou une fois l'os suffisamment consolidé.
Doit-on retirer les plaques avant une grossesse ?
Non, pas systématiquement. Une grossesse ne constitue pas à elle seule une indication de retrait.
Les plaques peuvent-elles rouiller ?
Les alliages de titane utilisés médicalement sont conçus pour résister à la corrosion. Une infection ne signifie pas que la plaque a « rouillé ».
Une plaque peut-elle être rejetée par le corps ?
Le terme « rejet » est souvent utilisé à tort. Une infection, une exposition ou une irritation locale est plus probable qu'un rejet immunologique comparable à celui d'un organe greffé.
Une douleur plusieurs années après l'opération peut-elle venir des plaques ?
Oui, mais d'autres causes sont possibles : dent, articulation, sinus, nerf ou muscle. Un bilan est nécessaire avant d'attribuer la douleur au matériel.
À retenir
- Les plaques et les vis stabilisent les mâchoires pendant la consolidation.
- Elles ne sont généralement pas retirées systématiquement lorsqu'elles sont bien tolérées.
- Une méta-analyse de 19 études a estimé qu'environ 13,4 % des patients (IC 95 % : 9,6–18,3 %) avaient nécessité le retrait d'au moins une plaque, contre 9,7 % des plaques posées (IC 95 % : 6,3–14,6 %) — deux indicateurs distincts, à ne pas confondre.
- Ce pourcentage moyen ne prédit pas le risque individuel d'un patient donné.
- L'infection est la cause la plus fréquente de retrait, mais elle n'impose pas toujours un retrait immédiat.
- Une exposition, une douleur, une sensibilité au froid ou une plaque palpable peuvent également conduire à une ablation — mais une plaque palpable n'est pas forcément anormale.
- Une IRM est généralement possible, mais le service d'imagerie doit toujours être informé de la présence du matériel.
- Le retrait est une nouvelle intervention, souvent plus légère que l'opération initiale mais non dénuée de risques.
Ce contenu fournit des informations générales et ne remplace pas l'examen, les consignes ni le suivi de votre chirurgien ou de votre équipe soignante.
Voir aussi
Quels sont les risques d'une chirurgie orthognathique ?
Fils, plaies et cicatrisation dans la bouche
Références scientifiques
- Gómez-Barrachina R, Montiel-Company JM, García-Sanz V, Almerich-Silla JM, Paredes-Gallardo V, Bellot-Arcís C. Titanium plate removal in orthognathic surgery: prevalence, causes and risk factors. A systematic literature review and meta-analysis. International Journal of Oral and Maxillofacial Surgery, 2020;49(6):770-778. PMID : 31786103. Voir sur PubMed
Population : adultes opérés de chirurgie orthognathique avec plaques/vis titane monocorticales — méta-analyse de 19 études (325 références identifiées). Résultat : 13,4 % des patients (IC 95 % 9,6–18,3 %), 9,7 % des plaques (IC 95 % 6,3–14,6 %), infection = cause principale (6,6 %). Limite : hétérogénéité importante entre études ; une critique méthodologique publiée existe (Gareb et al., 2021) avec réponse des auteurs. - Kantzanou M, Kostares E, Koumaki V, Kostare G, Kostares M, Tsakris A. Prevalence of Osteosynthesis Hardware Removal Due to Surgical Site Infections Following Sagittal Split Osteotomy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Clinical Medicine, 2025;14(10):3558. PMID : 40429555. Voir sur PubMed
Population : patients opérés d'une ostéotomie sagittale mandibulaire (SSRO) uniquement — 29 études (1992-2024), 4489 patients. Résultat : 1,9 % (IC 95 % 0,7–3,4 %) de retrait pour infection du site opératoire uniquement, hétérogénéité élevée (I²=87 %). Limite : ne concerne que la SSRO et le retrait pour infection — non généralisable à toute cause de retrait ni à toute la chirurgie orthognathique. - Shammout M, Abdullah J, Shammout A, Williams R, Mcmillan K. A call for fixed standards: a decade of orthognathic surgery, biting into revision rates and metalwork removal. British Journal of Oral and Maxillofacial Surgery, 2026;64(6):457-463. PMID : 42055829. Voir sur PubMed
Population : chirurgie orthognathique dans un centre tertiaire unique (Royaume-Uni) — 417 patients / 429 interventions (2014-2024) : Le Fort, BSSO, BIMAX, génioplastie, autres ostéotomies mandibulaires. Résultat : 10,7 % (46/429) de retrait/ajustement, cohérent avec le repère de 13,4 % (p=0,12) ; tabac non associé significativement dans cette cohorte (p=1,0). Limite : étude mono-centrique — ne réfute pas l'association retrouvée ailleurs, à lire en complément de la méta-analyse de 2020, pas en remplacement. - Mohamad NH, Murugesan R, Soh CL, Singh J. A 7-Year Retrospective Analysis of Titanium Plates Removal Following Orthognathic Surgery. Journal of Maxillofacial and Oral Surgery, 2022;21(3):743-746. PMID : 36274901. Voir sur PubMed
Population : patients opérés en chirurgie orthognathique, hôpital Selayang (Malaisie) — 97 patients (2011-2017). Résultat : 9,28 % d'incidence de retrait (9 patients / 33 plaques), délai moyen de 22,33 mois entre pose et retrait. Limite : étude mono-centrique de taille modeste, donnée complémentaire aux méta-analyses, pas une référence principale.