Langue, salive et déglutition après une chirurgie des mâchoires : pourquoi est-il difficile d’avaler ?
Après une chirurgie orthognathique, avaler sa salive, boire ou faire passer les aliments peut sembler beaucoup plus compliqué qu'avant.
Certains patients décrivent :
- une langue gonflée ou difficile à contrôler ;
- l'impression de ne plus savoir avaler ;
- une salive très épaisse ;
- de la salive qui coule hors de la bouche ;
- une difficulté à déclencher la déglutition ;
- des aliments ou des comprimés qui restent coincés ;
- une toux lorsqu'ils boivent ;
- du liquide qui ressort par le nez ;
- une peur de s'étouffer ;
- une sensation de gorge encombrée.
Ces difficultés sont souvent temporaires. Elles peuvent être liées au gonflement, à l'engourdissement, à la douleur, aux élastiques, à la gouttière, au nez bouché et à la nécessité de réorganiser les mouvements de la langue et des lèvres.
À plus long terme, la correction de la position des mâchoires peut aussi modifier favorablement certains mouvements de la langue et de la déglutition. Une étude menée chez 30 patients présentant un prognathisme mandibulaire a observé, trois mois après l'intervention, une amélioration du contact entre la langue et le palais ainsi qu'un raccourcissement de certaines phases de la déglutition. Ces résultats concernent toutefois une population précise et ne décrivent pas les difficultés immédiates de tous les opérés (source).
Pourquoi est-il difficile d'avaler après l'opération ?
La déglutition nécessite une coordination précise entre :
- les lèvres ;
- la langue ;
- les dents ;
- le palais ;
- la mandibule ;
- les muscles de la gorge ;
- la respiration ;
- la sensibilité de la bouche.
Après l'intervention, plusieurs de ces éléments sont temporairement perturbés.
Les difficultés peuvent être favorisées par :
- le gonflement de la langue, des lèvres et des joues ;
- une sensibilité diminuée ;
- une faible ouverture de bouche ;
- les élastiques ;
- la présence d'une gouttière ;
- les fils et les cicatrices ;
- la douleur ;
- le nez bouché ;
- la sécheresse buccale ;
- la salive épaissie ;
- les nausées ;
- la fatigue ;
- la peur d'avaler.
Le patient peut réussir à déglutir sur le plan mécanique tout en ayant l'impression que le geste est devenu inhabituel ou peu sûr.
Est-il normal d'avoir peur de s'étouffer ?
Oui.
Cette peur est fréquente lorsque :
- la bouche s'ouvre peu ;
- des élastiques maintiennent les mâchoires ;
- le nez est bouché ;
- la salive s'accumule ;
- le patient ne sent pas correctement ses lèvres ou sa langue ;
- il a déjà eu des nausées ou des vomissements ;
- les premières gorgées ont déclenché une toux.
Une sensation de gêne n'est toutefois pas équivalente à une obstruction réelle des voies respiratoires.
Une personne qui peut respirer, parler ou émettre des sons, tousser efficacement et avaler de petites quantités, n'est généralement pas en train de s'étouffer complètement.
Une difficulté respiratoire, un bruit inhabituel, une incapacité à avaler sa salive ou un gonflement rapide de la langue et du cou nécessitent en revanche une prise en charge urgente.
La langue gonfle-t-elle après une chirurgie orthognathique ?
Elle peut sembler gonflée, lourde ou encombrante.
Cette sensation peut venir :
- d'un véritable œdème ;
- de la position maintenue pendant l'intervention ;
- d'une irritation liée aux instruments ;
- de l'intubation ;
- d'une diminution de sensibilité ;
- du manque d'espace ressenti lorsque la bouche s'ouvre peu ;
- du contact avec la gouttière ou les appareils orthodontiques.
Un gonflement modéré doit progressivement diminuer.
Un gonflement rapide ou croissant de la langue, surtout avec une difficulté respiratoire, une voix étouffée ou une difficulté à avaler la salive, constitue une urgence.
Pourquoi ai-je l'impression que ma langue est trop grosse ?
Même lorsque son volume réel n'a que peu augmenté, la langue peut paraître beaucoup plus grosse parce que :
- l'espace buccal a changé ;
- les mâchoires sont maintenues plus près l'une de l'autre ;
- la sensibilité est perturbée ;
- la langue touche une gouttière ;
- les lèvres ferment difficilement ;
- les joues sont gonflées ;
- la respiration se fait par la bouche.
La langue doit également retrouver de nouveaux repères par rapport aux dents, au palais, aux incisives et au plancher de la bouche.
Cette adaptation peut prendre plusieurs semaines.
La chirurgie modifie-t-elle la place de la langue ?
Oui, potentiellement.
La position de repos et les mouvements de la langue sont influencés par :
- la forme des arcades ;
- la position du maxillaire ;
- la position de la mandibule ;
- le volume de la cavité buccale ;
- l'occlusion ;
- la respiration.
Une avancée ou un recul mandibulaire modifie donc l'environnement dans lequel la langue fonctionne.
Cela ne signifie pas qu'elle devient automatiquement trop grosse ou trop petite.
Chez des patients présentant un prognathisme mandibulaire, des mesures instrumentales ont montré une amélioration du contact langue-palais pendant la déglutition après correction chirurgicale (source).
Est-il normal de ne plus savoir où placer sa langue ?
Oui.
Avant l'intervention, le cerveau avait automatisé la position de la langue en fonction de l'ancienne anatomie.
Après la chirurgie :
- les incisives ne sont plus au même endroit ;
- le palais peut sembler différent ;
- la mandibule est repositionnée ;
- la gouttière crée un nouveau relief ;
- la sensibilité est altérée.
Le patient peut donc chercher volontairement où poser sa langue, alors que ce geste était auparavant inconscient.
Cette difficulté s'améliore généralement avec l'adaptation, la parole, la déglutition et, lorsqu'elle est indiquée, la rééducation oro-myo-fonctionnelle.
Où la langue doit-elle se placer au repos ?
Chez de nombreux adultes, la langue au repos est en contact léger avec le palais, sans pousser fortement contre les dents, tandis que les lèvres sont détendues.
Après une intervention, il ne faut toutefois pas chercher à imposer immédiatement une position précise si :
- une gouttière gêne ;
- les élastiques limitent les mouvements ;
- la langue est douloureuse ;
- le chirurgien a donné des consignes particulières ;
- une expansion du maxillaire a été réalisée.
Évitez de pousser volontairement et fortement contre les incisives ou contre les zones opérées.
Un orthophoniste peut évaluer la posture linguale lorsqu'un trouble persiste.
Pourquoi la salive est-elle plus abondante ?
La production de salive n'est pas nécessairement beaucoup plus élevée. Elle peut surtout être plus visible ou plus difficile à gérer.
La salive peut s'accumuler parce que :
- les lèvres ferment mal ;
- la déglutition est moins fréquente ;
- la sensibilité est diminuée ;
- la bouche s'ouvre peu ;
- les élastiques gênent ;
- le patient hésite à avaler ;
- la langue coordonne moins bien le mouvement.
Elle peut alors couler au niveau des commissures ou rester dans les joues.
Cette situation est généralement transitoire.
Pourquoi la salive devient-elle épaisse et filante ?
Une salive épaisse peut être favorisée par :
- une hydratation insuffisante ;
- la respiration buccale ;
- le nez bouché ;
- certains médicaments ;
- la faible alimentation ;
- la sécheresse de l'air ;
- la présence de sang ou de sécrétions ;
- des soins buccaux difficiles.
Elle peut donner une sensation de mucus ou de fils dans la bouche.
Pour améliorer le confort :
- buvez régulièrement selon les consignes ;
- humidifiez la bouche ;
- réalisez l'hygiène prescrite ;
- évitez une pièce trop sèche ;
- changez de position régulièrement ;
- ne laissez pas les sécrétions s'accumuler pendant de longues périodes.
Une salive très épaisse associée à une impossibilité de boire, des urines très rares ou un malaise peut signaler une déshydratation.
Est-il normal que la salive coule hors de la bouche ?
Oui, notamment lorsque la lèvre inférieure ou le menton sont engourdis.
Le patient peut ne pas sentir que la lèvre est ouverte, que la salive s'accumule ou qu'elle coule sur le menton.
Utilisez une compresse propre, un linge doux, un miroir, ou une protection simple de la peau autorisée par l'équipe.
Tamponnez plutôt que de frotter, car la salive et les essuyages répétés peuvent irriter la peau.
Pourquoi est-il difficile d'avaler sa propre salive ?
Avaler la salive peut devenir difficile lorsque :
- le geste est douloureux ;
- la langue bouge moins ;
- la gorge est irritée ;
- le nez est bouché ;
- le patient respire par la bouche ;
- les sécrétions sont épaisses ;
- la peur ralentit le déclenchement du geste ;
- du sang a coulé vers l'arrière de la gorge.
Il peut être plus facile de se redresser, de légèrement incliner la tête selon ce qui est confortable, d'humidifier la bouche, d'avaler de petites quantités plus souvent et d'éviter d'attendre qu'un grand volume s'accumule.
Une incapacité réelle à avaler sa salive, avec salive qui déborde continuellement, voix anormale ou gêne respiratoire, doit être évaluée rapidement.
Peut-on avaler normalement avec des élastiques ?
Souvent oui, mais le geste est différent.
Les élastiques peuvent limiter l'ouverture, le déplacement de la mandibule, la capacité à déplacer rapidement les aliments, l'accès de la cuillère ou du verre et la possibilité de cracher.
La déglutition dépend cependant principalement de la langue et de la gorge, pas d'une grande ouverture de bouche.
Il ne faut pas retirer les élastiques pour boire ou avaler, sauf si le protocole le prévoit.
Le patient doit néanmoins connaître la procédure d'urgence donnée par l'équipe en cas de vomissement important, de saignement massif ou de difficulté respiratoire.
Comment boire plus facilement ?
Pour les premières prises :
- asseyez-vous bien droit ;
- commencez par une très petite quantité ;
- gardez la tête dans une position neutre ;
- laissez le temps à la langue de contrôler le liquide ;
- avalez avant de reprendre une gorgée ;
- évitez de parler en buvant ;
- utilisez le dispositif conseillé par le service.
Selon les patients et les équipes, il peut s'agir d'un petit verre, d'une cuillère, d'une tasse à bec, d'une seringue sans aiguille ou d'un flacon souple.
Aucun dispositif n'est idéal pour tous. Une seringue envoyant le liquide trop vite ou vers le fond de la gorge peut augmenter le risque de toux.
Faut-il boire avec une paille ?
Les consignes varient.
Une paille peut aider certains patients à contrôler de petites quantités. Elle peut être déconseillée dans d'autres protocoles parce que l'aspiration demande un effort, peut créer une pression, peut être difficile avec les lèvres gonflées, peut entraîner une prise trop rapide ou peut être inadaptée après certains gestes associés.
Il ne faut donc pas considérer la paille comme systématiquement autorisée ou interdite.
Suivez la consigne du chirurgien.
Pourquoi le liquide ressort-il par le nez ?
Un liquide peut remonter vers le nez lorsque la coordination entre la langue, le palais, la gorge et la respiration est temporairement perturbée.
Cela peut être favorisé par :
- le gonflement ;
- une prise trop rapide ;
- une grande gorgée ;
- une mauvaise position ;
- une sensibilité diminuée ;
- une chirurgie du maxillaire ;
- une difficulté à fermer correctement le passage entre le nez et la bouche.
Essayez de diminuer le volume, ralentir, rester droit, éviter de basculer la tête en arrière, et utiliser une texture légèrement plus épaisse uniquement si elle est autorisée.
Un reflux nasal important, persistant ou accompagné d'une voix très nasale doit être signalé.
Est-il normal de tousser en buvant ?
Une toux occasionnelle peut survenir lorsqu'une gorgée arrive trop vite, est trop volumineuse, part vers l'arrière de la gorge ou est mal contrôlée par une langue engourdie.
La toux est un mécanisme de protection.
Elle devient préoccupante lorsqu'elle apparaît presque à chaque gorgée, avec toutes les textures, pendant ou immédiatement après chaque déglutition, avec une voix mouillée ou gargouillante, avec une difficulté respiratoire, ou avec une sensation répétée de liquide qui passe « de travers ».
Dans ce cas, arrêtez les essais non sécurisés et contactez l'équipe.
Qu'est-ce qu'une fausse route ?
Une fausse route correspond au passage d'un liquide, d'un aliment ou de salive vers les voies respiratoires au lieu de l'œsophage.
Elle peut provoquer une toux, un étouffement, une voix mouillée, un changement respiratoire ou une gêne brutale.
Une petite toux isolée après une gorgée ne signifie pas nécessairement qu'une aspiration importante a eu lieu.
Des épisodes répétés nécessitent néanmoins une évaluation de la déglutition.
Peut-on faire une fausse route sans tousser ?
Oui, dans certaines pathologies neurologiques ou ORL, une aspiration peut être silencieuse.
Ce phénomène n'est pas la complication habituelle d'une chirurgie orthognathique chez un adulte sans trouble préalable.
Il faut néanmoins être prudent lorsque le patient présente une maladie neurologique, un trouble de déglutition connu, une grande somnolence, une faiblesse importante, une chirurgie ORL ou reconstructrice associée, ou une altération majeure de la sensibilité de la gorge.
Une évaluation par un médecin ou un orthophoniste spécialisé peut alors être nécessaire.
Pourquoi la voix devient-elle mouillée après avoir bu ?
Une voix dite « mouillée » ou gargouillante peut traduire la présence de liquide ou de sécrétions autour du larynx.
Elle peut être accompagnée d'un besoin de racler la gorge, d'une toux, d'un essoufflement ou d'une déglutition répétée.
Lorsqu'elle apparaît régulièrement après les boissons, il faut en parler à l'équipe.
Ne poursuivez pas en augmentant les volumes pour « vous habituer ».
Pourquoi ai-je l'impression qu'un aliment reste coincé ?
Pendant les premières phases, les aliments peuvent rester dans les joues, sous la langue, autour de la gouttière, derrière les appareils, près des incisions ou entre les dents et les lèvres.
La sensibilité diminuée empêche parfois de localiser précisément le résidu.
Pour limiter ce problème :
- prenez de petites quantités ;
- respectez les textures autorisées ;
- avalez plusieurs fois si nécessaire ;
- inspectez la bouche avec un miroir ;
- réalisez les soins prescrits ;
- n'utilisez pas un objet pointu pour retirer les résidus.
Une sensation profonde de blocage dans la gorge ou la poitrine nécessite une évaluation différente.
Peut-on utiliser sa langue pour retirer les aliments coincés ?
Doucement, lorsque cela ne provoque pas de douleur.
Évitez de tirer sur les fils, gratter les plaies, pousser fortement contre les incisions, manipuler une plaque visible ou chercher longuement un résidu avec une langue insensible.
Les rinçages autorisés et l'hygiène douce sont souvent préférables.
Pourquoi les comprimés sont-ils difficiles à avaler ?
Les comprimés peuvent être difficiles en raison de la faible ouverture, de la sécheresse, de la peur de les coincer, de la position allongée, de leur taille, d'une déglutition inhabituelle ou de la présence d'élastiques.
Ne broyez pas automatiquement un médicament.
Certains comprimés ne doivent pas être écrasés, sont à libération prolongée, possèdent un enrobage spécifique, ou peuvent devenir irritants ou dangereux lorsqu'ils sont ouverts.
Demandez au médecin ou au pharmacien si le traitement existe sous forme liquide, soluble, dispersible, effervescente, ou de comprimé plus petit.
Peut-on mélanger les médicaments à la nourriture ?
Seulement après validation par un professionnel.
Le médicament peut parfois être mélangé à une petite quantité de compote ou de préparation liquide, mais cela dépend de sa formulation.
Il faut également s'assurer que la totalité de la portion sera consommée afin de recevoir la dose complète.
Est-il normal d'avoir mal à la gorge en avalant ?
Oui, notamment après l'intubation.
La douleur peut être liée au passage du tube, à la sécheresse, à la respiration buccale, à une aspiration des sécrétions, ou à la présence d'un tamponnement pharyngé pendant l'intervention.
Une méta-analyse publiée en 2025 (2 essais randomisés, 84 participants au total) n'a pas retrouvé de bénéfice démontré du tamponnement pharyngé sur les nausées et vomissements après chirurgie orthognathique et a observé davantage de douleurs de gorge dans les études incluses. Les données reposant sur un faible nombre de participants, ce résultat doit être interprété avec prudence (source).
Une irritation légère doit progressivement s'améliorer.
Consultez en cas de douleur croissante, de fièvre, de difficulté respiratoire ou d'impossibilité d'avaler.
Le sang avalé peut-il gêner la déglutition et provoquer des nausées ?
Oui.
Le sang et les sécrétions peuvent couler vers l'arrière de la gorge, notamment après une chirurgie du maxillaire.
Le sang avalé peut contribuer aux nausées, aux vomissements, à un goût métallique, à une sensation de gorge encombrée et à des selles foncées.
Un essai randomisé de 2022 a étudié l'aspiration gastrique après chirurgie bimaxillaire en raison du rôle possible du sang avalé dans les vomissements postopératoires ; l'incidence globale des vomissements était significativement plus faible dans le groupe ayant bénéficié de l'aspiration gastrique. Les nausées et vomissements restent cependant multifactoriels (source).
Un écoulement continu de sang rouge vif dans la gorge doit être évalué en urgence.
Pourquoi est-il plus facile d'avaler une texture épaisse ?
Une texture légèrement plus épaisse peut parfois être plus facile à contrôler qu'un liquide très fluide, car elle se déplace moins rapidement.
Cela ne signifie pas qu'il faut épaissir toutes les boissons de sa propre initiative.
Les besoins diffèrent selon la cause de la difficulté, le type d'intervention, les textures autorisées, le risque de résidus et la capacité à s'hydrater.
Les épaississants utilisés dans les troubles de déglutition doivent idéalement être recommandés par un professionnel.
Peut-on manger allongé ?
Non.
Pour boire et s'alimenter, il est préférable d'être assis, le dos soutenu, la tête stable et suffisamment éveillé.
Rester droit pendant un certain temps après la prise peut aussi réduire les remontées, les nausées, la stagnation des sécrétions et la sensation d'encombrement.
Évitez de boire lorsque vous êtes très somnolent.
Faut-il basculer la tête en arrière pour avaler ?
Pas systématiquement.
Basculer fortement la tête en arrière peut envoyer rapidement le liquide vers la gorge et diminuer le contrôle.
Une position neutre est souvent plus sûre.
Certaines adaptations de posture peuvent être utilisées dans des troubles précis, mais elles doivent être proposées après une évaluation.
Faut-il avaler en plusieurs fois ?
Oui, cela peut être utile.
Une seconde déglutition peut aider à éliminer un résidu, une sensation de salive épaisse ou une petite quantité restée dans la bouche.
En revanche, devoir avaler de très nombreuses fois chaque gorgée, avec gêne ou essoufflement, doit être signalé.
La langue peut-elle devenir insensible ?
Oui.
La sensibilité linguale peut être modifiée, en particulier si le nerf lingual a été irrité lors d'une chirurgie mandibulaire.
Le patient peut ressentir un engourdissement, des picotements, une sensation de langue épaisse, une modification du goût, une difficulté à localiser les aliments, ou des morsures involontaires.
Une atteinte importante de la langue doit être décrite précisément au chirurgien : côté concerné, zone, goût, douleur, mobilité, évolution.
La chirurgie peut-elle modifier le goût ?
Oui, temporairement chez certains patients.
Une étude de 35 patients suivis après une ostéotomie de Le Fort I, une ostéotomie sagittale ou une chirurgie bimaxillaire a retrouvé certaines variations localisées des seuils ou de l'intensité gustative au cours des six mois postopératoires. Les résultats différaient selon les zones testées et les interventions (source).
Une étude antérieure portant sur seulement neuf patients avait également observé des modifications possibles du goût sur le palais ou la langue après chirurgie. Son faible effectif impose une grande prudence (source).
L'impression de perte de goût peut aussi être due au nez bouché, car l'odorat participe fortement à la perception des saveurs.
Pourquoi les aliments ont-ils un goût étrange ?
Les causes possibles comprennent le sang, les bains de bouche, les médicaments, la sécheresse, le nez bouché, une hygiène temporairement difficile, une modification du goût, les textures inhabituelles, ou les préparations nutritionnelles.
Un goût métallique est fréquent lorsqu'il reste du sang ou des fils dans la bouche.
Un goût très mauvais associé à du pus, une douleur croissante, de la fièvre ou un regonflement peut évoquer une infection.
La langue peut-elle gêner la respiration ?
Une langue légèrement gonflée ou simplement ressentie comme volumineuse ne bloque pas habituellement les voies respiratoires.
Il faut cependant appeler le 15 ou le 112 en cas de gonflement rapide de la langue, difficulté à inspirer, voix étouffée, incapacité à avaler la salive, gonflement du cou, réaction après un médicament, malaise ou coloration bleutée.
Une réaction allergique, un hématome ou un œdème important doivent être pris en charge sans attendre.
Pourquoi avaler peut-il déclencher une douleur dans les oreilles ?
Les muscles et les zones nerveuses de la gorge, de la mâchoire et de l'oreille sont proches.
Une douleur projetée peut être ressentie devant l'oreille, dans le conduit, sous l'angle mandibulaire ou dans la gorge.
Elle peut venir de la tension musculaire, de l'articulation, de l'irritation pharyngée ou du mouvement de la mandibule.
Une douleur forte, un écoulement de l'oreille, une baisse d'audition ou une fièvre doivent être évalués.
La déglutition va-t-elle s'améliorer spontanément ?
Dans la majorité des récupérations simples, les difficultés initiales diminuent avec le dégonflement, le retour de la sensibilité, le retrait ou l'allègement des élastiques, l'adaptation à la nouvelle anatomie, et la reprise de l'hydratation et de l'alimentation.
À long terme, une revue systématique publiée en 2025 rapporte que les fonctions orales peuvent être temporairement moins bonnes après l'intervention, avant de s'améliorer lors des suivis plus éloignés, notamment pour la mastication, la parole et le goût. Les études incluses mesuraient surtout la qualité de vie liée aux fonctions orales et non uniquement la déglutition instrumentale (source).
La chirurgie peut-elle améliorer une déglutition atypique ?
Elle peut modifier les conditions anatomiques, mais elle ne corrige pas nécessairement toutes les habitudes fonctionnelles.
Chez certains patients, la langue continue à pousser contre les dents, à s'interposer entre les arcades, à adopter une ancienne stratégie ou à participer à une déglutition dite atypique.
Une étude sur le contact langue-palais montre que la fonction peut s'améliorer après correction du prognathisme mandibulaire (source).
Cependant, une revue de 2024 consacrée à la déglutition atypique et aux malocclusions souligne que les approches thérapeutiques restent variées et que davantage de recherches sont nécessaires (source).
Une rééducation orthophonique peut être indiquée lorsque la posture ou le mouvement de la langue restent inadaptés.
Une mauvaise position de langue peut-elle favoriser une récidive ?
Dans certaines situations, notamment les béances antérieures, les fonctions linguales sont considérées parmi les facteurs pouvant influencer la stabilité.
Une étude rétrospective publiée en 2025 chez 50 patients présentant initialement une mauvaise position linguale a observé davantage de récidives dans le groupe ayant bénéficié moins souvent d'une rééducation orthophonique. Cette association ne démontre pas que l'orthophonie empêche à elle seule les récidives : les groupes différaient aussi sur plusieurs autres facteurs chirurgicaux et démographiques (source).
La stabilité dépend également du mouvement chirurgical, de l'orthodontie, de la consolidation, de la croissance, de l'occlusion, des muscles et des habitudes fonctionnelles.
Quand consulter un orthophoniste ?
Un avis peut être utile si :
- la déglutition reste laborieuse ;
- les liquides déclenchent régulièrement une toux ;
- les aliments restent souvent dans la bouche ;
- la langue pousse durablement contre les dents ;
- le liquide ressort fréquemment par le nez ;
- la fermeture des lèvres reste difficile ;
- la parole et la déglutition sont simultanément perturbées ;
- une béance ou une posture linguale atypique était présente avant l'opération ;
- le chirurgien ou l'orthodontiste souhaite travailler la stabilité fonctionnelle.
L'orthophoniste peut évaluer la mobilité de la langue, sa position au repos, la fermeture labiale, la déglutition, la mastication, la coordination respiration-déglutition, la parole et les résidus alimentaires.
Quels examens peuvent évaluer la déglutition ?
L'évaluation commence souvent par l'entretien, l'observation de la bouche, la mobilité de la langue, la voix, des essais avec des textures adaptées, et l'observation de la toux et de la respiration.
Dans certaines situations, des examens instrumentaux peuvent être proposés, comme une endoscopie de la déglutition, une vidéofluoroscopie ou une évaluation spécialisée ORL.
Ces examens ne sont pas nécessaires pour une simple gêne postopératoire qui s'améliore normalement.
Quels signes doivent faire contacter rapidement l'équipe ?
Contactez le chirurgien ou le service si :
- vous toussez à presque chaque gorgée ;
- vous n'arrivez pas à boire suffisamment ;
- les aliments ou liquides ressortent fréquemment par le nez ;
- vous ne pouvez presque plus avaler votre salive ;
- votre voix devient mouillée après les boissons ;
- une douleur de gorge augmente ;
- la langue devient plus gonflée ;
- une faiblesse ou une déviation inhabituelle de la langue apparaît ;
- vous avez de la fièvre ;
- une mauvaise odeur ou du pus apparaît ;
- vous vous étouffez régulièrement ;
- les symptômes s'aggravent après une phase d'amélioration.
Appelez le 15 ou le 112 en cas de :
- difficulté respiratoire ;
- gonflement rapide de la langue ou du cou ;
- incapacité brutale à avaler la salive ;
- coloration bleutée ;
- malaise ;
- obstruction complète ;
- trouble neurologique brutal ;
- saignement abondant dans la bouche ou la gorge.
Ce qu'il ne faut pas faire
Évitez de :
- boire rapidement de grandes quantités ;
- manger allongé ;
- basculer fortement la tête en arrière ;
- retirer les élastiques sans autorisation ;
- broyer tous les médicaments sans vérification ;
- forcer un comprimé trop gros ;
- pousser les aliments avec un objet ;
- gratter les incisions avec la langue ;
- poursuivre une boisson qui déclenche une toux répétée ;
- attendre plusieurs jours malgré une impossibilité de s'hydrater ;
- reproduire seul des manœuvres de déglutition trouvées sur Internet.
Routine pratique pour boire et avaler plus sereinement
Avant de boire
- asseyez-vous bien droit ;
- assurez-vous d'être suffisamment réveillé ;
- humidifiez votre bouche si elle est très sèche ;
- préparez une petite quantité ;
- vérifiez que le dispositif utilisé est autorisé ;
- gardez une compresse à proximité.
Pendant la prise
- prenez une petite gorgée ;
- gardez la tête stable ;
- laissez le temps à la langue de contrôler le liquide ;
- avalez avant la gorgée suivante ;
- évitez de parler ;
- faites une pause si vous toussez.
Après
- restez assis quelques minutes ;
- vérifiez que votre voix n'est pas devenue mouillée ;
- avalez une seconde fois si un résidu persiste ;
- nettoyez doucement les commissures ;
- surveillez la quantité totale bue dans la journée.
Questions fréquentes
Est-il normal d'avoir du mal à avaler après l'opération ?
Oui. Le gonflement, la douleur, les élastiques, la gouttière et la sensibilité diminuée perturbent temporairement la coordination.
Pourquoi ma salive est-elle si épaisse ?
La déshydratation, la respiration buccale, les médicaments et le nez bouché peuvent épaissir les sécrétions.
Est-il normal de baver ?
Oui, surtout lorsque les lèvres et le menton sont engourdis ou que la fermeture des lèvres est difficile.
Puis-je avaler avec les mâchoires maintenues par des élastiques ?
Généralement oui. Ne retirez pas les élastiques sans suivre le protocole donné.
Pourquoi le liquide ressort-il par le nez ?
La coordination entre la langue, le palais et la gorge peut être temporairement perturbée. De petites gorgées et une position droite peuvent aider.
Une toux après avoir bu est-elle grave ?
Une toux isolée peut arriver. Une toux à chaque gorgée ou une voix mouillée nécessite un avis.
Dois-je utiliser une paille ?
Seulement selon le protocole de l'équipe. Elle n'est ni systématiquement recommandée ni systématiquement interdite.
Puis-je écraser mes comprimés ?
Pas sans demander au pharmacien ou au médecin. Certains médicaments ne doivent jamais être écrasés.
Mon goût peut-il changer ?
Oui, temporairement chez certains patients. Le nez bouché et les médicaments peuvent également modifier la perception des saveurs.
Quand consulter un orthophoniste ?
Lorsque les troubles persistent, provoquent des fausses routes, concernent la posture linguale ou risquent d'affecter la stabilité du résultat.
À retenir
- Une déglutition inhabituelle est fréquente après une chirurgie des mâchoires.
- Le gonflement, l'engourdissement, les élastiques et la gouttière modifient temporairement les mouvements.
- La salive peut sembler plus abondante parce qu'elle est plus difficile à avaler et à retenir.
- De petites gorgées, une position droite et un rythme lent améliorent souvent le contrôle.
- Une toux occasionnelle peut survenir, mais une toux répétée à chaque gorgée doit être évaluée.
- Ne broyez pas les médicaments sans vérifier leur formulation.
- Le liquide qui ressort régulièrement par le nez doit être signalé s'il persiste.
- La langue doit s'adapter à la nouvelle position des mâchoires et des dents.
- L'orthophonie peut aider en cas de trouble persistant de la langue ou de la déglutition.
- Une incapacité à avaler la salive ou un gonflement rapide de la langue accompagné d'une gêne respiratoire est une urgence.
Ce contenu fournit des informations générales. Il ne remplace pas l'examen, les consignes ni le suivi de votre chirurgien, de votre médecin ORL ou de votre orthophoniste.
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Références scientifiques
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- Topal R et al. Change in taste sensation after orthognathic surgery. Clinical Oral Investigations, 2024. PMID : 38558265. Voir sur PubMed
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