Peut-on faire une chirurgie des mâchoires avec du diabète, de l'asthme, une maladie chronique ou des allergies ?
Une maladie chronique n'interdit pas automatiquement une chirurgie orthognathique.
Elle peut toutefois modifier :
- le bilan préopératoire ;
- le risque anesthésique ;
- la cicatrisation ;
- les médicaments ;
- la durée d'hospitalisation ;
- la surveillance ;
- la nutrition ;
- le risque infectieux ;
- l'organisation de la sortie.
L'objectif n'est pas de cacher une maladie pour être opéré plus rapidement, mais de la stabiliser et d'adapter le parcours.
Quelles maladies faut-il signaler ?
Toutes, même lorsqu'elles semblent sans rapport avec les mâchoires :
- diabète ;
- asthme ;
- hypertension ;
- maladie cardiaque ;
- trouble du rythme ;
- apnée du sommeil ;
- épilepsie ;
- maladie rénale ;
- maladie hépatique ;
- maladie auto-immune ;
- trouble de coagulation ;
- maladie neurologique ;
- maladie psychiatrique ;
- reflux important ;
- allergie ;
- antécédent de réaction anesthésique ;
- déficit immunitaire.
Signalez également les traitements, les injections, les plantes, les compléments, les médicaments pris seulement de temps en temps, les substances récréatives, le tabac et la vape.
Pourquoi le contrôle de la maladie avant l'opération est-il important ?
Une maladie instable peut augmenter le risque de complication respiratoire, d'infection, de mauvaise cicatrisation, d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie, de problème cardiovasculaire, d'interaction médicamenteuse et de décompensation après l'opération.
L'anesthésiste peut demander un bilan sanguin, un électrocardiogramme, une consultation spécialisée, une adaptation du traitement ou un report jusqu'à stabilisation.
Un report n'est pas un refus définitif : il peut être une mesure de sécurité.
Peut-on être opéré avec un diabète ?
Oui, lorsque le diabète est suffisamment équilibré et qu'un protocole est organisé.
Le diabète peut influencer la glycémie pendant le jeûne, la cicatrisation, le risque infectieux, la nutrition liquide, la dose d'insuline ou des autres traitements, et la récupération.
La difficulté particulière est que l'alimentation change brutalement après l'opération. Les apports peuvent devenir plus faibles, irréguliers, essentiellement liquides, ou riches en sucres rapides si les préparations sont mal choisies.
Le plan doit préciser quand arrêter ou adapter les médicaments, comment surveiller la glycémie, quoi prendre en cas d'hypoglycémie, quelles boissons et préparations utiliser, et quand contacter l'équipe.
Faut-il arrêter les médicaments du diabète ?
Pas seul. Certains traitements doivent être adaptés avant une anesthésie ou un jeûne, mais les règles diffèrent selon la molécule.
L'équipe doit connaître le nom exact, la dose, l'heure de prise, les injections, l'utilisation d'une pompe, le capteur de glucose et les épisodes d'hypoglycémie.
Apportez une liste à jour à la consultation d'anesthésie.
Comment s'alimenter après l'opération avec un diabète ?
Il faut concilier textures autorisées, protéines, énergie suffisante, répartition des glucides, prévention des hypoglycémies et hydratation.
Les boissons très sucrées ne doivent pas devenir la principale source de calories. Une consultation diététique préopératoire est particulièrement utile. Pour l'organisation générale de l'alimentation liquide et mixée, consultez notre guide de l'alimentation après chirurgie des mâchoires.
L'asthme augmente-t-il les risques ?
Un asthme bien contrôlé est compatible avec une anesthésie générale, mais l'équipe doit connaître la fréquence des crises, les hospitalisations, les traitements, les allergies déclenchantes, l'utilisation récente du bronchodilatateur, une infection respiratoire et le tabagisme ou la vape.
Une étude rétrospective portant sur 886 patients opérés sur six ans, dont 16 patients asthmatiques comparés à 278 patients sans maladie systémique, n'a pas retrouvé d'augmentation significative de la plupart des complications étudiées chez les patients asthmatiques, mais a retrouvé une association avec un risque accru de récidive (odds ratio d'environ 4,7 après ajustement). L'effectif asthmatique était très faible (16 patients) et ce résultat doit être interprété avec prudence (source).
Cette étude ne permet pas de conclure qu'un patient asthmatique présente nécessairement une récidive.
Faut-il apporter son inhalateur ?
Oui. Apportez le bronchodilatateur de secours, le traitement de fond, l'ordonnance et un éventuel plan d'action écrit.
Ne remplacez pas le traitement prescrit par un inhalateur ancien ou appartenant à quelqu'un d'autre.
Peut-on être opéré avec un rhume ou une crise d'asthme récente ?
Prévenez l'équipe en cas de toux, de sifflement, d'essoufflement, de fièvre, d'infection respiratoire, d'augmentation de l'inhalateur de secours ou de traitement antibiotique ou corticoide récent.
L'anesthésiste décidera si l'intervention peut être maintenue.
Quelles allergies faut-il signaler ?
Toutes les réactions suspectées, notamment à un antibiotique, un anti-inflammatoire, un antalgique, un anesthésique, le latex, un antiseptique, la chlorhexidine, un adhésif, un métal, un aliment ou un produit de contraste.
Décrivez la réaction : éruption, gonflement, difficulté respiratoire, malaise, vomissement, simple effet secondaire digestif, date et contexte.
Une nausée après un médicament n'est pas la même chose qu'une allergie grave.
Une allergie au métal interdit-elle les plaques en titane ?
Pas automatiquement. Les réactions au titane sont considérées comme rares et difficiles à diagnostiquer.
Un antécédent de réaction à des bijoux fantaisie ne prouve pas une allergie au titane. En cas d'histoire allergique complexe, un avis spécialisé peut être discuté.
Que faire en cas d'allergie à la pénicilline ?
Indiquez la molécule concernée, l'âge lors de la réaction, les symptômes, la gravité, une éventuelle hospitalisation et les antibiotiques tolérés depuis.
Certaines personnes portent une étiquette d'allergie ancienne sans confirmation. Elle peut limiter les options antibiotiques. La réévaluation doit être faite par un professionnel, jamais par un test personnel.
Une maladie auto-immune pose-t-elle problème ?
Cela dépend de la maladie, de son activité, des organes concernés, des traitements immunosuppresseurs, des corticoïdes, du risque infectieux et de la qualité osseuse.
Le spécialiste qui suit la maladie doit parfois participer à la préparation.
Peut-on être opéré sous corticoides ou immunosuppresseurs ?
Oui dans certaines situations, mais une adaptation peut être nécessaire.
Il faut anticiper le risque infectieux, la cicatrisation, une insuffisance surrénalienne, les interactions et la reprise du traitement.
N'arrêtez pas brutalement un corticoide pris au long cours.
Que faire en cas d'hypertension ou de maladie cardiaque ?
L'équipe doit connaître les chiffres habituels, les traitements, les antécédents, les douleurs thoraciques, les malaises, les palpitations, un trouble du rythme et un anticoagulant.
Une évaluation cardiologique peut être demandée. Ne suspendez pas un traitement cardiovasculaire sauf consigne explicite.
Les anticoagulants empêchent-ils l'opération ?
Pas nécessairement, mais ils nécessitent un plan précis.
Il faut équilibrer le risque de saignement, le risque de thrombose, l'indication de l'anticoagulant, la durée de l'interruption éventuelle et les mesures de relais.
La décision appartient aux médecins.
L'apnée du sommeil doit-elle être signalée ?
Oui, même si elle constitue une indication de la chirurgie.
Signalez la PPC ou CPAP, les réglages, l'observance, la somnolence, les résultats du sommeil et les difficultés avec le masque. Apportez l'appareil si l'établissement le demande.
Une maladie psychiatrique ou un traitement psychotrope doit-il être déclaré ?
Oui. Certains médicaments peuvent interagir avec l'anesthésie, les antalgiques, les antiémétiques, le sommeil ou le risque de confusion.
Le contexte psychologique peut également influencer la récupération. La déclaration ne signifie pas que le patient sera automatiquement exclu.
Quels signes imposent de reporter la chirurgie ou d'appeler l'équipe ?
Prévenez avant l'admission en cas de fièvre, crise d'asthme, glycémie très déséquilibrée, nouvelle infection, douleur thoracique, malaise, traitement antibiotique récent, réaction allergique, hospitalisation, modification importante du traitement, grossesse ou aggravation d'une maladie chronique.
À retenir
- Une maladie chronique n'interdit pas automatiquement la chirurgie.
- Elle doit être connue, stabilisée et intégrée au plan anesthésique.
- Le diabète nécessite une adaptation aux apports liquides et au jeûne.
- Aucun médicament antidiabétique ne doit être arrêté sans protocole.
- L'asthme doit être contrôlé et l'inhalateur apporté.
- Une étude de faible effectif (16 patients asthmatiques) a trouvé une association entre asthme et récidive, sans démontrer une causalité, et sans augmentation des autres complications étudiées.
- Toutes les allergies doivent être décrites précisément.
- Une réaction digestive n'est pas forcément une allergie.
- Les corticoides et anticoagulants ne doivent pas être arrêtés seuls.
- Toute décompensation récente doit être signalée avant l'intervention.
Ce contenu ne remplace pas la consultation d'anesthésie ni l'avis du médecin qui suit votre maladie chronique.
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Références scientifiques
- Li Y et al. Postoperative complications in asthmatic patients following orthognathic surgery: A two-year follow-up study. Journal of Stomatology, Oral and Maxillofacial Surgery, 2023. PMID : 36652979. Voir sur PubMed. Précision : 16 patients asthmatiques comparés à 278 patients sans maladie systémique sur un total de 886 opérés ; association retrouvée avec la récidive (OR ≈ 4,7), pas avec les autres complications. Vérifié par recherche croisée (accès direct PubMed non disponible).
- Jędrzejewski M, Smektala T, Sporniak-Tutak K, Olszewski R. Preoperative, intraoperative, and postoperative complications in orthognathic surgery: a systematic review. Clinical Oral Investigations, 2015;19(5):969-977. PMID : 25804886. Voir sur PubMed.
- Carry PY, Dubost J, Roche C, Baud AV, Breton P, Freidel M, Gueugniaud PY. Complications médicales périopératoires en chirurgie orthognathique [Perioperative medical complications in orthognathic surgery]. Revue de Stomatologie et de Chirurgie Maxillo-faciale, 2001;102(1):7-11. Existence, auteurs, revue, volume et pagination confirmés par recherche croisée. Le PMID exact n'a pas pu être vérifié malgré plusieurs tentatives (accès direct PubMed indisponible, et le PMID précédemment indiqué dans cette page n'a pas pu être confirmé comme correspondant à cet article) — il n'est donc volontairement plus affiché ni lié, pour ne pas risquer de pointer vers un autre article. A COMPLETER si vous disposez du PMID exact.