Anesthésie générale pour une chirurgie des mâchoires : ce qu'il faut savoir
L'anesthésie générale fait partie des aspects de la chirurgie des mâchoires qui génèrent le plus d'appréhension chez les patients. Elle est pourtant incontournable pour ce type d'intervention — et mieux la comprendre, c'est souvent l'appréhender plus sereinement.
Cet article vous explique ce qu'est l'anesthésie générale, comment se déroule la consultation pré-anesthésique, et ce qu'il faut savoir sur le jour J. Pour tout ce qui concerne le réveil, la salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI) et les premières heures après l'opération, consultez notre page dédiée : Réveil après l'anesthésie et premières heures.
Qu'est-ce que l'anesthésie générale ?
L'anesthésie générale est un état de sommeil artificiel et contrôlé, induit par des médicaments administrés par voie intraveineuse et/ou inhalée. Pendant l'intervention, vous êtes totalement inconscient, vous ne ressentez ni douleur ni inconfort, et vous n'avez aucun souvenir de l'opération.
Elle est encadrée tout au long de l'intervention par un médecin anesthésiste-réanimateur (MAR) et son équipe, qui surveillent en continu les paramètres vitaux : fréquence cardiaque, tension artérielle, saturation en oxygène, température, etc.
Pour la chirurgie orthognathique (chirurgie des mâchoires), l'anesthésie générale est systématique : la durée et la nature de l'intervention ne permettent pas de recourir à une anesthésie locale ou locorégionale.
La consultation pré-anesthésique : une étape obligatoire
En France, toute anesthésie générale programmée est précédée d'une consultation obligatoire avec l'anesthésiste. Elle a lieu plusieurs jours avant l'opération — en général dans les semaines précédant l'intervention.
À quoi sert cette consultation ?
- Évaluer votre état de santé général et vos antécédents médicaux et chirurgicaux
- Recenser vos traitements en cours (y compris les compléments alimentaires et médicaments sans ordonnance)
- Identifier d'éventuelles allergies médicamenteuses
- Évaluer les voies aériennes pour préparer l'intubation (particulièrement important en chirurgie maxillo-faciale)
- Prescrire les examens complémentaires nécessaires (bilan sanguin, ECG, etc.)
- Répondre à vos questions sur l'anesthésie
- Vous informer sur le protocole anesthésique prévu
Ce que vous devez communiquer à l'anesthésiste
Soyez exhaustif lors de cette consultation. N'omettez rien, même si cela vous semble sans rapport :
- Tous vos antécédents chirurgicaux et anesthésiques (y compris d'éventuelles mauvaises réactions passées à une anesthésie)
- Les maladies chroniques : diabète, asthme, hypertension, maladies cardiaques, apnée du sommeil...
- Les médicaments pris régulièrement (ordonnance et automedication)
- Les compléments alimentaires et plantes médicinales (certains ont des interactions avec les anesthésiants)
- Les allergies connues
- La consommation de tabac, alcool, cannabis ou autres substances
- Une éventuelle grossesse ou allaitement
Les examens pré-opératoires
Suite à la consultation pré-anesthésique, votre anesthésiste vous prescrira les examens complémentaires adaptés à votre situation. Selon votre âge, vos antécédents et la nature de l'intervention, cela peut inclure :
- Une prise de sang (numération formule sanguine, bilan de coagulation, groupe sanguin, etc.)
- Un électrocardiogramme (ECG)
- Une radiographie pulmonaire
- D'autres examens spécifiques en cas d'antécédents particuliers
Ces examens doivent généralement être réalisés dans un délai précisé par votre anesthésiste et transmis à l'équipe hospitalière avant l'intervention.
Le jeûne pré-opératoire
Avant une anesthésie générale, un jeûne strict est obligatoire. Il vise à prévenir l'inhalation du contenu gastrique pendant l'intervention, ce qui pourrait être dangereux.
Les repères habituels, conformes aux recommandations de la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR), sont les suivants :
| Type d'ingestion | Durée habituelle de jeûne |
|---|---|
| Aliments solides | 6 heures minimum |
| Lait et liquides non clairs | 6 heures minimum |
| Eau, café sans lait, liquides clairs | 2 heures minimum (selon protocole) |
Les horaires indiqués sont des repères généraux. Les consignes précises remises par votre anesthésiste et votre établissement sont toujours prioritaires.
Le déroulement de l'anesthésie générale
En salle de pré-anesthésie (salle d'induction)
Avant d'entrer au bloc opératoire, vous passez par une salle de préparation où :
- Un cathéter intraveineux est posé (perfusion)
- Des capteurs de surveillance sont installés (oxymètre, électrodes, tensiomètre)
- Les médicaments anesthésiants sont administrés par voie intraveineuse
- Une fois endormi, une sonde d'intubation est placée pour contrôler et sécuriser votre ventilation pendant toute la durée de l'opération
Pendant l'intervention
L'anesthésiste surveille et ajuste en continu la profondeur de l'anesthésie et l'état de vos fonctions vitales. Vous n'avez aucune conscience de l'opération et n'en gardez aucun souvenir.
Le réveil
À la fin de l'opération, vous êtes transféré en salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI) le temps que les effets de l'anesthésie se dissipent, sous surveillance continue. Cette étape, les sensations fréquentes qui l'accompagnent et les premières heures qui suivent sont détaillées dans notre page dédiée : Réveil après l'anesthésie et premières heures.
Questions fréquentes sur l'anesthésie générale
L'anesthésie générale est-elle dangereuse ?
Une grande enquête nationale française portant sur les anesthésies réalisées en 1999 estimait à environ 6,9 par million le nombre de décès entièrement attribuables à l'anesthésie, et à environ 47 par million ceux auxquels l'anesthésie avait contribué. Ces données sont anciennes et ne permettent pas d'estimer votre risque individuel aujourd'hui, qui dépend notamment de votre état de santé, de l'intervention et du contexte anesthésique.
Vais-je me réveiller pendant l'opération ?
La conscience peranesthésique — le souvenir involontaire d'un moment pendant l'anesthésie générale — est rare. Sa fréquence estimée varie selon la manière dont elle est recherchée et selon le contexte. Dans l'audit britannique NAP5, elle était notamment plus fréquemment rapportée lorsque des curares — des médicaments utilisés pour relâcher les muscles pendant l'anesthésie — étaient utilisés. Votre médecin anesthésiste-réanimateur évalue ce risque en tenant compte de votre état de santé, de l'intervention prévue et des médicaments utilisés pendant l'anesthésie.
Puis-je prendre mes médicaments habituels le matin de l'opération ?
Cela dépend du médicament. Certains doivent être pris avec une petite gorgée d'eau même en période de jeûne (certains antihypertenseurs, traitements cardiaques), d'autres doivent être arrêtés. Suivez exactement les instructions de votre anesthésiste sur ce point.
La partie médicale, c'est votre équipe soignante qui s'en charge. La partie pratique — ce que vous aurez à la maison pour les premiers jours — c'est vous qui la préparez. Et plus vous l'anticipez, mieux vous vivrez le retour à domicile.
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Références scientifiques
- Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR). Jeûne pré-opératoire. Information grand public. Voir sur sfar.org
- Lienhart A, Auroy Y, Péquignot F, Benhamou D, Warszawski J, Bovet M, Jougla E. Survey of anesthesia-related mortality in France. Anesthesiology, 2006. PMID : 17122571. Voir sur PubMed
- Pandit JJ, Andrade J, Bogod DG, et al. The 5th National Audit Project (NAP5) on accidental awareness during general anaesthesia: summary of main findings and risk factors. Anaesthesia, 2014. PMID : 25204236. Voir sur PubMed